Pape François raconte n'importe quoi

Philippe Brindet - 27.12.2017

Ce n'est pas toujours facile de se faire reconnaître par les siens. Alors quand on a réussi à capturer leurs suffrages, autant en profiter, non ?

Pape François a été élu Pape par un Collège de cardinaux incertains. Certains imaginent que, la Loi de l'Eglise catholique romaine exprimant l'obligation pour le Saint Esprit de descendre sur eux lors de l'établissement de leurs suffrages pour désigner le successeur du précédent pape, il est obligatoire de croire que Pape François a été désigné par Dieu comme son successeur. Et Pape François croit qu'il peut tout. Et le petit cercle qui veille autour de lui l'entretient religieusement dans cette pieuse croyance.

Les vieilleries de l'époque Wojtyla - Ratzinger

Jusqu'à présent, les catholiques, comme beaucoup d'autres chrétiens qui, pourtant, ne partagent pas leur avis, imaginaient que l'Ecriture Sainte appartenait à Dieu et que les curés étaient chargés - notamment - de la leur expliquer. Sans y rien retrancher, ni surtout sans y rien ajouter.

Pour ce qui est de nous expliquer ce qu'il y a dans les Evangiles, Pape François ne craint personne. Bien qu'agé, il secoue le Livre des Evangiles avec la vigueur d'un jeune pasteur évangéliste venu du fin fond du Middle West pour porter la "bonne parole" à des banlieusards. C'est très sympathique et plein de charmes. Malheureusement, il vaut mieux ne pas se souvenir de ce qu'il y a dans le Livre, parce que, manifestement, Pape François "utilise" une édition spéciale qu'il a du se faire concocter dans les bureaux du New York Times ou quelque chose de ce genre. Et les vieilles règles de vérité qui régnaient dans l'Eglise d'avant, celle de Wojtyla et de Ratzinger, sont écartées, rejetées, vilipendées.

L'homélie de la Messe de Minuit au Vatican en 2017

A la Messe de Minuit, Pape François s'est emparé de ce que l'on appelle l'Evangile de la Nativité, et qui est un passage de l'Evangile de Saint Luc, versets 2-14 (selon le livret de messe édité par le Vatican : http://www.vatican.va/news_services/liturgy/libretti/2017/20171224-libretto-natale_notte.pdf).

L'homélie de Pape François est elle aussi publiée sur le site du Vatican (http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/homilies/2017/documents/papa-francesco_20171224_omelia-natale.html). Dans cette courte homélie, Pape François commence, comme à chaque fois que quelqu'un cherche à tordre le sens d'un texte, par le citer mot à mot. Un peu pour nous prévenir : "Ne me dites pas que je brode sur le texte. Le texte, le voici !"

L'ennui, c'est que l'orateur se lance en général dans une glose échevelée. L'art du glosateur consiste à agiter de belles images qui vous font oublier le texte qu'il vient pourtant de rappeler. Mais la superposition de la glose avec le texte a généralement l'effet délétère de supprimer le texte pour y substituer la glose. Et c'est exactement ce qui se passe dans l'homélie de la Nativité 2017 à Rome.

Le recensement est le"signe" de la tyrannie de Poutine et de Assad

Le pape commence par matérialiser le texte qu'il va trahir :

"Retournons en arrière de quelques versets. Par décret de l’empereur, Marie et Joseph se sont vus obligés de partir. Ils ont dû quitter leurs proches, leur maison, leur terre et se mettre en route pour être recensés. "

Notons toutefois qu'il tire déjà le texte évangélique. Si la Sainte Famille quitte son domicile actuel, elle ne quitte absolument pas ses proches, sa maison et sa terre. Elle se met simplement en route pour être recensée comme tout le monde. Elle doit revenir chez elle et retrouver dans quelques jours ses proches, sa maison, sa terre ... Mais le pape est retourné en arrière de quelques versets ... Qui aura l'audace de lui dire qu'il ne dit pas la vérité ?

Une fois parti en si bon chemin, Pape François ne va pas s'arrêter à ce "détail" ...

Mais qui donc, grands dieux, aujourd'hui, est obligé de partir, de quitter ses proches, sa maison, sa terre ... dieux impitoyables, que c'est beau !!!! Mais bien sûr, si je lis The New York Times, la chose est bien connue. Ce sont les migrants ! Les réfugés syriens chassés de leur maison, de leur terre par les brutes russes et le tyran Assad ! Ne riez pas de la naïveté du propos, plus de la moitié des catholiques qui ont assisté à la Messe de Minuit en Occident sont persuadés de cela et l'immense majorité des prêtres les ont endoctrinés en ce sens.

Et Pape François va enfoncer le "clou" :

Dans les pas de Joseph et de Marie, se cachent de nombreux pas. Nous voyons les traces de familles entières qui, aujourd’hui, se voient obligées de partir. Nous voyons les traces de millions de personnes qui ne choisissent pas de s’en aller mais qui sont obligées de se séparer de leurs proches, sont expulsées de leur terre. Dans beaucoup de cas, ce départ est chargé d’espérance, chargé d’avenir ; dans beaucoup d’autres, ce départ a un seul nom : la survie. Survivre aux Hérode de l’heure qui, pour imposer leur pouvoir et accroître leurs richesses, n’ont aucun problème à verser du sang innocent.

Qu'importe si le pape confond deux épisodes évangéliques, celui de la Nativité et celui de l'après-naissance. Quand Jésus naît, Hérode n'est pas au courant. Ce sont les mages qui vont l'alerter et, pour être sur de faire périr le futur roi d'Israel, va faire tuer tous les premier-nés de l'année ! Et cette épisode n'est absolument pas évoqué dans l'Evangile de la Nativité, mais dans celui du jour suivant. Absolument rien à voir avec le recensement de César ! Déguiser Hérode en Assad ou Poutine est une idée qui ne peut venir qu'à un journaliste du New York Times et qui peut en convaincre Pape François !

Il y a un truc énorme ici. Clairement, Pape François n'est jamais allé en Israel et il n'a même pas eu l'intelligence de consulter Google Maps (lien direct). S'il demande à ce site étonnant l'itinéraire pour aller à pied de Nazareth où vivait la Sainte Famille - vous savez "sa terre, sa maison, ses proches ..." - jusqu'à Bethléem, il aurait connu la réponse : via la Route 7626, il y 14,7 km et 3 heures et 6 minutes de trajet. La Sainte Famille est partie de la cote 253 m pour arriver à Bethléem à l'altitude 141 en franchissant un col à ... 483 m.

Clairement, l'exode de Marie et Joseph est une simple promenade du dimanche. Partie le matin, la Sainte Famille devait rentrer chez Elle le soir. Sauf que, entre les deux, Jésus est né ... ce qui explique pourquoi Marie et Joseph ont dûs rester à Bethléem qui, à l'époque, n'avait pas encore de ... maternité ! Rien à voir avec l'émigration de qui que ce soit ! C'est tout simplement honteux de la part du pape de gloser de cette manière !

La glose de Pape François est absolument effarante. Elle lui permet d'évacuer Dieu de la Messe de Minuit et d'y déifier le pouvoir américain qui utilise comme incarnation les migrants syriens et autres. L'incohérence du propos s'amplifie encore quand le pape imagine accroître le parallèle en considérant la naissance du Christ en elle-même :

Celui qui, dans sa pauvreté et dans sa petitesse, dénonce et manifeste que le vrai pouvoir et la liberté ....
Qu'est-ce que Jésus Enfant Nouveau-Né dénonce donc ? Ce qu'il manifeste ? Le vrai pouvoir et la liberté ? C'est de l'aboulie !

Les bergers de la crèche sont des exclus parce qu'ils puent

Et Pape François poursuit dans son hébétude. Il s'attaque aux bergers qui viennent adorer l'Enfant. Le pape cache soigneusement que les bergers viennent adorer Dieu qui s'incarne dans l'Enfant de la crèche. Pourtant quelques minutes avant son homélie, Pape François fait lire le texte de Saint Luc et tous écoutent :

Et pastores erant in regione eadem vigilantes et custodientes vigilias noctis supra gregem suum.
Et angelus Domini stetit iuxta illos, et claritas Domini circumfulsit illos, et timuerunt timore magno.
Et dixit illis angelus: “ Nolite timere; ecce enim evangelizo vobis gaudium magnum, quod erit omni populo,
quia natus est vobis hodie Salvator, qui est Christus Dominus, in civitate David.
Mais dans une Eglise catholique romaine avec un pape aboulique, qui entend ?

A la place, Pape François se lance dans une glose échevelée. Pour éviter de dire que les bergers reçoivent une révélation divinne sur la divinité de l'Enfant de la Crèche et sur sa mission salvatrice, le pape imagine que les bergers sentent si mauvais qu'ils vivent dans la campagne parce que les gens bien qui vivent dans la ville ne peuvent les supporter ! Pape François profère :

Par leur travail, c’étaient des hommes et des femmes qui devaient vivre en marge de la société.
Nous n'avons aucune information sur le fait qu'il y eut des femmes parmi les bergers. C'est très improbable. Quant au dfait qu'ils vivent en arge de la société, Pape François oublie donc que les moutons se gardent dans des prés à distance des villes. Et que les bergers qui les gardent ne sont donc pas du tout des exclus, mais vivent près de leurs troupeaux, donc à l'écart des maisons ! Mais, frappé d'aboulie, Pape François continue sur les bergers :
Leurs peaux, leurs vêtements, leur odeur, leur façon de parler, leur origine les trahissaient. Tout en eux suscitait de la méfiance. C’étaient des hommes et femmes dont il fallait se tenir éloigné, avoir peur ; ...
Mais c'est une observation fondée sur rien. L'Evangile ne dit rien de tel au contraire. Les bergers reçoivent la vision des Anges qui les instruisent de la Bonne Nouvelle et l'Evangile nous dit exactement ce qu'est cette Bonne Nouvelle que Pape François non seulement cache, mais déforme radicalement.

Pape François a dit de lui-même qu'il était malin - Interview à des Jésuites en 2013. Et il est assez malin pour dire la vérité. Mais comme en passant après le torrent d'absurdités sur les migrants et sur les bergers qui sentent mauvais :

À eux – païens, pécheurs et étrangers –, l’ange dit : « Ne craignez pas, car je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur » (Lc 2, 10-11).
On notera que l'évangile ne dit pas que c'est une bonne nouvelle mais une "grande nouvelle" : "gaudium magnum". Mais passons. Pape François imagine que de citer cette phrase le rend juste. Il est faux.

Grâce à Pape François, tous les hommes sont bons et sont "protagoniste de la vie qui nous entoure" ...

Pape François va alors conclure sur la religion de l'homme bon qui s'autoglorifie dans la banalité de l'enfant de Noël :

Dans l’Enfant de Bethléem, Dieu vient à notre rencontre pour faire de nous des protagonistes de la vie qui nous entoure. Il s’offre afin que nous le prenions dans les bras, ...

Les sentiments "pieux" que suscitent la Crèche ont souvent été moqués et on en sait bien la raison. Mais ici, ces sentiments "pieux" reviennent avec une autre résonnance. Dieu a été chassé du catholicisme romain et Il est remplacé par le "peuple" des réfugiés, des exclus, des migrants, des opprimés. Nous autres qui ne sommes ni réfugié, ni migrant, ni berger, nous qui sentons "bon", nous devons abandonner notre Foi et adorer ce "dieu" idiot, informe, puant, impuissant, stérile, aphone. Mais un dieu que Pape François sait manipuler à sa guise et nous faire prendre pour la Justice et le Bien quand il est le masque de l'erreur, de l'oppression, de la misère auquel Jésus Sauveur, Eternellement Dieu, nous arrache pour toujours.

Mais sans Pape François à jamais.

Une curieuse succession

L'homélie de Pape François est prononcée la nuit du 24 décembre 2017. Curieusement, le 22 décembre, quarante-huit heures auparavant, The New York Times publie l'article d'une dame dénommée Stéphanie Saada et dont l'article est intitulé : "Where Jesus Would Spend Christmas", qui se traduit par "Où Jésus passerait Noël". La dame semble être impliquée à haut niveau dans un projet d'aide à long terme aux migrants syriens et elle tient plus ou moins un immense camp en face de la Turquie où se presse plus de dix mille réfugiés à Moira. Elle conclut son article :

But looking at Moira can also teach us about what Christmas really is "” a story of how our salvation is bound up in the lives of those who suffer most.
Today Moria is Bethlehem. Those stranded inside are not humans to be disposed of, but Emmanuel, God with us.
Mais à regarder Moira, on apprend ce qu'est réellement Noël. Une histoire de la manière dont notre salut se vit dans ceux qui souffrent le plus.
Aujourd'hui, Moria est Bethléem. Ceux qui y sont entassés ne sont pas des humains à jeter à la poubelle, mais l'Emmanuel, Dieu avec nous."

Avons-nous réellement besoin d'entretenir à grands frais un Vatican de marbres, de dorures et d'hôtels de luxe, un Vatican dont le pape recopie les article de The New York Times en plus mal ?

Nota :

Personne n'a jamais émis la moindre critique des homélies de Pape François.

Certains en déduisent que l'auteur de ces critiques se trompe parce que le pape ne se trompe pas, lui. Que ces personnes poursuivent dans leur erreur.

Plutôt que de perdre son temps à contester des idées douteuses de Pape François au sujet de question de discipline, ses critiques feraient mieux de se concentrer sur les véritables et radicales erreurs de Pape François. Il les exprime trs habituellement dans ses homélies et ses gagneraient du temps et rendront témoignage à la vérité.


Revue THOMAS (c) 2017