Quelques réflexions sur le marasme de la politique en Occident

Philippe Brindet - 12 janvier 2017

La vie politique est actuellement dominée par la fin de la campagne présidentielle aux Etats-Unis et par le début de celle de France. D'autres événements politiques sont bien plus sérieux. Mais, l'accentuation médiatique nous pousse à isoler ces deux faits.

Le marasme politique aux Etats-Unis

Aux Etats-Unis, le triomphe de Trump - attendu pour les uns et inattendu pour les autres - pousse les commentateurs à supposer l'imbécillité de Donald Trump. Ils ne voient pas que cette appréciation les juge plus qu'elle ne juge Trump. Mais, il faudra un peu de temps pour savoir qui a raison. C'est cette attitude de la presse qui actioone les passions politiques qui nous indique le marasme total de la politique aux USA.

L'héritage progressiste

Le problème est aggravé par les menées de Obama et de son administration qui semblent avoir rêvée une hégémonie progressiste, tant sur le plan intérieur que sur celui de la géopolitique, qui les a aveuglée sur la montée du populisme de Trump et des stratégies encore convergentes de la Russie et de la Chine. Par comparaison, l'Europe et les autres pays émergents comme l'Inde, le Brésil ou encore le Japon, ne semblent pas se trouver en situation de peser dans le débat géopolitique et d'avoir plus ou moins servilement copié le diktat progressiste. L'Europe semble un supplétif timide des Etats-Unis. Le Japon est en train de reculer dans une retraite de neutralité. Mais il se pourrait qu'il traite plus avec la Chine et la Russie. L'Inde semble se rapprocher de la Russie peut être pour éviter la puissance chinoise.

Sur le plan intérieur, le programme progressiste de l'administration Obama a accru la puissance de l'Etat tout en développant la pauvreté des peuples américains, tout en réduisant la productivité industrielle, obérée par l'obésité financière. Or, on sait, on devine, que cette obésité n'est que la mauvaise graisse d'une fausse monnaie, celle de la dette. Qu'il faudra gager un jour avec le sang des pauvres. Ils s'en rendent compte et la défaite de l'héritière de Obama, Clinton est radicalement le produit de ce puissant sentiment de peur de la mort qui a rôdé dans sa campagne délibérément progressiste.

Qui pourrait donc être Trump ?

Le problème avec Trump, c'est que ses racines plongent largement dans ce même progressisme. Mais, Trump a compris qu'il ne parviendrait pas au pouvoir parce que les puissances qui font l'élection présidentielle pour le camp progressite ont toutes fait allaince avec Obama et Clinton. La posture populiste a été une surprise parce qu'elle a permis de résister au matraquage médiatique des puissances progressites et cette posture populiste a battue les media ! Or, Trump a vraisemblalement décidé de gérer les Etats-Unis comme une entreprise. Comme il fait dire partout qu'il a gagné énormément d'argent - ce qui est plus ou moins vrai, les gens simples ont tenu un raisonnement simple. "S'il gère les Etats-Unis comme ses entreprises, tout va bien. Demain nous serons riches comme lui." Inutile de commenter cette croyance.

La géopolique a été cruelle à Obama

Mais en réalité, il semble que plus aucun homme politique occidental, Amérique compris, n'ait la moindre idée politique pour diriger une seule nation, fut-elle grande ou petite, prospère ou pauvre. Obama "a mis" les gens au travail. Jamais la pauvreté n'a été plus forte aux Etats-Unis. Et la richesse plus insolente. Obama a voulu imposer la démocratie progressiste au monde entier. Il a fait exploser le monde musulman et provoqué la révolte de la Russie et de la Chine qui ne supportent plus les mensonges américains.

Obama et les progressistes - d'Amérique ou d'ailleurs - ont bien compris que la Russie allait achever le plan de Poutine : arrêter pour toujours l'hégémonie américaine et constituer le monde en plusieurs blocs qui s'équilibrent plus ou moins. Or, depuis 1984, les Etats-Unis estiment être les seuls à exercer un impérium sur le monde. Obama semble montrer qu'ils n'ont plus les moyens de cet imperium.

Le drame absolu pour les progressistes serait que Trump trouve un accord avec Poutine. Cet accord ne peut que se produire avec le fond électoral de Trump qui grossièrement est un isolationiste. America first trouve en face de lui la Russie qui approuve en affirmant "Russie d'abord". Et quand tout cela est dit, il n'y a plus qu'à construire des ententes entre partenaires. Ou lancer la bombe ...

L'avenir de Trump

Or, la politique américaine est entièrement dirigée par une caste progressiste. Son hégémonie totale se lit dans sa presse. Elle est entièrement contre Trump. Mais son hégémonie se lit aussi sur le visage de la majorité des patrons américains, et principalement de ceux de la finance. Aucun ne soutient Trump. Les seuls à rejoindre Trump sont des gens dont les affaires sont d'abord aux Etats-Unis. On peut d'ailleurs y faire une fortune colossale.

Tout le problème est de savoir si les patrons progressistes ne vont pas se dire qu'ils ont intérêt à se rapprocher de Trump pour infléchir son populisme. Mais, ils ont besoin d'un pouvoir hégémonique sur le monde pour progresser leurs affaires, ce qui est incompatible notamment avec la stratgie russe. Et les pouvoirs aux Etats-Unis sont tellement intriqués les uns dans les autres que personne ne peut diriger seul. Trump sera bien obligé d'en passer par eux et eux d'en passer par Trump.

Mais c'est une interrogation du futur, ce futur qui se profile pour l'été 2017. Nous en ignorons tout ou presque.

Le présent est encore plus chaotique.

Le présent de Trump ...

Pendant toute la campagne présidentielle, des allégations dérisoires d'espionnage minable ont été diffusées par la presse progressiste. Très clairement, les comptes courriel de responsables progressistes ont été accédés par des pirates qui les ont fait publier ... sur des canaux d'information progressistes, comme Wikileaks. Le contenu de ces mails a été peu commenté. En général, on s'est borné à relever que les responsables démocrates auteurs de ces mails anodins, se "fabriquaient" des opinions progressistes tout en révélant des vues arrivistes médiocres. Le camp progressiste estime que la publication de ces mails sans saveur est la cause de la défaite du camp progressiste et que c'est donc l'oeuvre de la Russie ...

Il faut attendre le résultat de l'élection pour que les progressistes fassent "démontrer" l'origine de l'agression "à la démocratie" par les services spéciaux du gouvernement américain : la Russie. Pourquoi avoir attendu si longtemps ? Nous n'avons pas de réponse. Et pourquoi aucune preuve matérielle n'est fournie, mais l'affirmation gratuite de la part de services spéciaux américains qui se sont déconsidérés depuis toujours en menant un espionnage universel et quasiment total sur la planète. Comment se fait-il que ces services aient été incapables de contrer les menées de la Russie qu'ils dénoncent maintenant alors que leurs chefs nommés par le pouvoir politique, vont nécessairement changer lorsque dans quelques jours, Trump va nommer de nouvelles équipes dans son administration ?

En fait, cette opération progressiste est essentiellement une préparation d'une procédure d' "impeachment" contre Trump. Il est en effet présumé se trouver dans la main des services secrets russes, d'abord parce qu'il aurait bénéficié des espionnages contre son adversaire Clinton, ensuite parce que les espions russes auraient des preuves accablantes pour le faire chanter et donc pour le contraindre à prendre des décisions favorables à la cause russe.

Cette dernière stratégie a été mise en place très récemment. Elle a littéralement "explosé en vol", quand on s'est aperçu que la source était une officine britannique animée par d'anciens membres des services secrets et qui est connue pour fabriquer à la demande des documents compromettant à qui les commandent. Comment tout cela va t'il finir ...

Le marasme politique en France

Le marasme est encore plus grand en France. En fait, le camp populiste en France est actionné par deux polarités : l'étatisme et le progressisme. Quelques populistes errent dans la droite de gouvernement. Mais ils sont noyés dans une masse de progressistes étatistes de droite qui ne se démarquent pas des étatistes progressistes de gauche. Hollande ou Fillon, c'est pareil. La majorité des populistes se trouvent dans le parti qualifié d'extrême-droite, le Front National. Mais, il n'a rien à voir avec le populisme à l'américaine, pétri des valeurs de la petite bourgeoisie. Le Front national, lui, n'a que faire de leurs valeurs. C'est un parti étatiste qui n'a aucune opposition avec le progressisme. Il a seulement éliminé la vieille garde patriotique et ringarde qui n'est d'ailleurs plus en lien avec la population.

Fillon, seul candidat de la "droite de gouvernement", a un énorme problème. Il porte l'héritage du sarkozysme et, il est prévenu par la chute de son ancien patron. Le sarkozysme n'est pas bien vu. Mais, Fillon a un problème encore plus grave. Il est européiste après avoir trahi la cause du souverainisme. Or, les français ont peut être la mémoire courte. Ils n'oublieront pas le tribut que Fillon paye à chaque rencontre aux élites bruxelloises et à leur maitre, la chancelière allemande. Toujours est-il que, sauf à faire hurler ses adversaires, Fillon n'a encore trouvé aucune idée politiquede nature à modifier quoi que ce soit dans le marasme politique dans lequel nous nous débattons.Réformer la sécurité sociale ? Réduire le nombre de fonctionnaires ? Tout cela n'apporte rien que des injures du camp adverse.

Le Parti Socialiste ne se relèvera pas des coups redoublés que lui a infligé le hollandisme. Il faut reconnaître que le PS a servilement fourni pendant cinq ans des courtisans à Hollande. Depuis, le PS, douché par le refus de son maître de se re-présenter, a bien été obligé d'organiser une primaire. Dans cette primaire, apparaît une seule mesure. Et elle est agitée par les 7 candidats qui s'affrontent : instituer un revenu universel. Seuls diffèrent les coûts annoncés de cette mesure. De 30 à 300 milliards ... Le reste ? Rien.

Pendant ce temps, à gauche deux candidats avancent à grands pas. Tout d'abord, un ruffian jacobin, échappé d'un livre de Matthiez sur la Révolution française et enfin un roué monarchiste, échappé d'un livre de Balzac. Il s'agit de Mélanchon et de Macron.

Mélanchon a fort à faire pour réunir à la fois les "girondins" frondeurs du PS et les révolutionnaires autrefois marxistes qui sont un peu ses "Enragés". Mais en plus d'avoir oublié de porter les costumes d'époque, Mélanchon et les siens n'ont aucune proposition concrète digne d'un pays industriel de premier plan. Il est vrai que la France n'est plus un pays industriel ... et sur un malentendu, Mélanchon peut aller au second tour !

Macron, c'est un roué. Avec ses petits yeux plissés, et ses sourires carnassiers, il n'a jamais proféré d'autre idée politique que des mesurettes comme la libéralisation du traffic des autocars. Et il enthousiasme les "foules" de gauche et du centre avec ce genre de poudre aux yeux. Il se ménage ici un avantage sérieux. Il n'a rien dit de ce qu'il ferait en tant que président, tout dit de ce que fera son sous-préfet de la Creuse ...

Avec l'absence totale d'idées politiques et même économiques ou sociales de stature nationale, les débats de la campagne présidentielle conduiront au pouvoir on ne sait quel ectoplasme qui de plus fera probablement n'importe quoi sauf ce pour quoi il se sera fait élire. Et la France continuera sa grande descente coincée entre les coups de trique de l'Administration de Paris et de celle de Bruxelles.

Le lecteur appréciera la critique. La politique aux Etats-Unis n'a pas grand chose à envier à la nullité de la politique française. Elles s'inspirent l'une l'autre come l'on dit dans les salons diplomatiques ...


Revue THOMAS
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