Guerre civile syrienne - l'affaire des gaz du 21 août 2013

Guerre civile syrienne - l'affaire des gaz du 21 août 2013

Philippe Brindet - 11 septembre 2013

Quelques repères chronologiques sur l'affaire du gazage syrien du 21 août 2013

Le 21 août 2013, les rebelles en Syrie alertent l'opinion internationale sur une série d'attaques à l'arme chimique, ypérite ou sarin, qu'elle aurait subie de la part des troupes gouvernementales dans la banlieue de Damas. Malgré les dénégations du régime syrien, l'Occident penche de plus en plus fortement vers la responsabilité de ce régime dans cette attaque.

L'attaque chimique du 21 août 2013 avait été précédée d'autres attaques dont plusieurs n'avaient pu être attribuées au gouvernement syrien. Quelques jours auparavant, Carla Del Ponte, ancien procureur du Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie, menant une enquête indépendante pour l'ONU, avait déclaré que les rebelles islamistes en Syrie possédaient l'arme chimique et s'en servaient. Les puissances occidentales contestèrent le point de vue de Madame Del Ponte.

Encore auparavant, le président américain avait en 2012 déclaré que l'utilisation de l'arme chimique était le "fil rouge" que le régime syrien ne devait pas dépasser pour éviter une intervention militaire immédiate. Peu après, en France, le régime hollandiste déclarait que "Bachar El-Assad doit partir". L'aide occidentale aux rebelles islamistes, d'abord clandestine par le biais d'ONGs comme AVAAZ, puis de plus en plus voyante par l'intermédiaire du Quatar et de l'Arabie Séoudite, était alors devenue directe par l'établissement de camps d'entraînement pour les jihadistes en Jordanie. L'efficacité de ces camps fut agitée par les soutiens des islamistes qui affirmaient que depuis la formation militaire reçue, la rébellion menaçait le coeur de Damas, ce qui semble pour le moins exagéré, Damas ne vivant pas du tout sous la menace militaire, mais seulement terroriste, ce qui n'est probablement pas à mettre au crédit de ces camps d'entraînement jordaniens.

Une organisation rigoureuse conduisant inexorablement à l'intervention armée occidentale

A partir du 30 août 2013, l'escalade verbale monte, les Etats-Unis menaçant de réaliser des frappes immédiates à l'aide de missiles de croisière semble -t'il. Se joignent à ses menaces la Grande-Bretagne et la France qui semblent faire assaut de bravaches derrière la puissance américaine. Peu après, le Premier britannique Cameron, décidément inspiré - en bien ou en mal qui le dira ? - décide de demander à son Parlement son accord pour lancer une intervention militaire. A la surprise des Occidentaux, le Parlement refuse son accord. Il se souvient de la seconde Guerre du Golfe déclenchée sur la foi américaine d'armes de destruction massive qui se révélèrent, malgré les déclarations du Premier britannique de l'époque, le flamboyant Blair, un canular monté par les services très peu secrets américains. Ce canular coûta dix ans de guerre à l'Irak et Saddam Hussein fut pendu. Pour rien.

L'Administration Obama agite l'existence de preuves de l'implication du régime syrien dans l'attaque du 21 août. Ces preuves sont littéralement recopiées et amplifiées par un drolatique rapport du régime hollandiste paru deux jours plus tard. Peu auparavant, des inspecteurs de l'ONU en mission prévue de longue date, se rendaient sur les lieux à Damas. Ils étaient délogés par des snippers et durent se rendre, malgré la protection de l'armée régulière syrienne, dans un autre lieu. Personne ne se demande vraiment à quel camp appartenait ces snippers. La publication du rapport de l'ONU sur les attaques du 21 août est sans cesse reportée.

Le régime hollandiste, extrêmement excité on se demande pourquoi, exigeait une expédition punitive contre "Bachar El-Assad". Obama pris d'une soudaine interrogation, décide de suspendre les frappes à un accord du Congrès. Ce dernier semble très partagé en dehors du clivage traditionnel bipartisan. Le Pape lui-même lance alors une opération mondiale de défense de la paix condamnant toute intervention militaire en Syrie.

Dans le même temps, les pays émergents menés par l'Iran, la Chine et la Russie, s'opposent à l'imperium américain au nom du principe de souveraineté des états. La Russie, tenue à la fois par son alliance avec la Syrie de Bachar El-Assad et par sa géopolitique de long terme se range délibérement contre la position occidentale. Présidant le G20, la Russie inflige une humiliation aux Etats-Unis en révélant les fractures politiques parmi les satellites européens des américains, malgré les rodomontades hollandistes. Quelques jours après, la Russie porte l'estocade diplomatique en proposant à la Syrie qui l'accepte de placer immédiatement son arsenal chimique sous le contrôle international en vue de sa destruction totale. Epoustouflée, l'Administration Obama se rallie à la proposition et, sous l'aiguillon du hollandisme, semble vouloir imposer un calendrier contraint sous la menace de frappes aériennes que la Russie refuse.

Un revirement possible de la presse occidentale qui montre sa manipulation par les rebelles

Il faut encore noter que la presse occidentale accepte depuis peu de révéler les axactions auxquelles se livrent les rebelles. Certains occidentaux ont cru malins de distinguer dans la rébellion en Syrie entre les "républicains" - très fréquentables et reçus avec les honneurs par le régime hollandiste - d'"affreux" jihadistes sans foi ni loi. Il s'avère que les deux partis séparés par les belles âmes à New York ou Paris utilisent absolument les mêmes méthodes et ont le même objectif : établir un régime islamiste totalitaire sur la Syrie laïque de Bachar El-Assad, pourtant lâché par les Occidentaux. Deux informations récentes viennent d'être produites par les médias occidentaux qui montrent qu'il y a "comme un défaut".

La première information est la diffusion d'une vidéo produite par un rebelle syrien effaré de la brutalité de ses maîtres. Sur cette vidéo, on voit une demi-douzaine de prisonniers prosternés, demi-nus, le dos zébré de coups de fouets, aux pieds de rebelles hilares. Un agité les insulte et leur annonce leur mort. Puis, on assiste à une sauvage exécution des prisonniers. Ceux-ci seraient des soldats de l'armée régulière syrienne, capturés par les rebelles.

La seconde information suit la libération de deux otages disparus il y environ 5 mois en Syrie. Les deux otages étaient le belge Piccinin et l'italien Quirico. Ils étaient entrés clandestinement en Syrie sous la protection des rebelles "présentables" de l'ASL. Or, les deux activistes découvrirent que ils avaient été vendus à un premier, puis à un second groupes islamistes - eux particulièrement "pas fréquentables" - qui tentaient de les revendre à leurs pays contre des montants élevés. Particulièrement éclairant, le témoignage de Quirico indique que les rebelles "présentables" de l'ASL avaient tenté de leur faire croire qu'ils étaient détenus par le pouvoir syrien. Par ailleurs, Piccinin a déclaré qu'il avait rencontré des islamistes qui s'étaient vantés d'être les auteurs du gazage de Damas du 21 août. Il fut contesté par le ministre belge des Affaires étrangères, Reynders, dont on se demande ce qui lui permettait de contester Piccinin, et par son propre compagnon d'infortune qui a cependant confirmé avoir été avec Piccinin lorsqu'ils ont surpris cette conversation entre rebelles, en anglais avec un interlocuteur inconnu via Skype. A notre avis, cet interlocuteur à distance pourrait être un occidental, puisque la conversation surprise était en anglais et menée à distance par Skype, logiciel peer-to-peer de téléphonie entièrement sous contrôle des services secrets américains (voir affaire PRISM).

L'impression d'ensemble est que certaines factions dans la presse occidentale commencent à trouver lassant le manichéisme du soutien inconditionnel qu'elle apporte à la fois aux menées américaines et aux islamistes les plus corrompus de la planète. Or, cette manipulation est patente depuis longtemps animée par le tropisme islamique de la majeure partie de la presse politique occidentale. Le fait que les deux informations précitées soient portées à la connaissance du public est à mettre en regard de l'échec - des difficultés qu'elle rencontre à tout le moins - de la stratégie américaine d'intervention punitive contre le régime de Bachar El-Assad.

Les hollandistes et les "amis de la Syrie"

On notera que le ministre des affaires étrangères de Hollande s'est rendu à Doha au Quatar pour participer à une réunion des "Amis de la Syrie", un groupe de onze Etats réunis autour du Secrétaire d'Etat américain Kerry. Cela se passait le 22 juin 2013 et, selon France24, un organe de presse lié au ministère de la Police hollandiste :

Le ministre des Affaires étrangères, qui avait exclu jeudi que la France livre à la rébellion syrienne des armes qui pourraient "se retourner" contre elle, a par ailleurs annoncé samedi qu’elle avait envoyé des traitements anti gaz sarin "qui peuvent protéger un millier de personnes"."Ça en dit long sur les ravages que fait courir Bachar al-Assad à sa population", a-t-il ajouté.
Il y a tout lieu de se demander si cette livraison de médicaments n'était pas destiné à protéger les rebelles auteurs du gazage du 21 août, qui aurait été décidé lors de cette réunion.

Le gazage syrien du 21 août 2013 pose de nombreuses questions à l'Occident.

Parmi toutes les questions soulevées par cette affaire, il en est une qui peut prendre plusieurs formes :

  • quel est l'auteur du gazage du 21 août 2013 à Damas ?
  • comment démontrer que les preuves des américains et des hollandistes sont des faux ? ou encore
  • les dénégations du régime syrien sont-elles authentiques ?

On notera que les commentateurs de l'affaire du 21 août citent rarement le point exact de l'attaque chimique. On a trouvé sur Investig'Action, qui publie le 26 août

Depuis les attaques à l’arme chimique du 21 août dernier dans la banlieue Est de Damas et qui a fait entre 355 et 1300 morts
Le rapport américain ne cite pas la zone frappée, mais évoque en termes sibyllins une douzaine de lieux dans la banlieue de Damas, alors qu'il cite les noms de 6 lieux où se trouvaient des troupes gouvernementales qu'il accuse d'avoir exécutée l'attaque. Le rapport français cite un ensemble de lieux dans la banlieue est de Damas
localisés dans la Ghouta Est (quartiers d’Ain Tarma, de Douma, d’Erbin, de Jobar, de Kfar Batna, de Qas Alaa, de Zamalka) et Ouest (quartier de Mudamiyat Sham).
Le rapport français indique donc deux lieux entourant la ville de Damas, ce qui paraît encore plus étrange venant du régime syrien. Lorsque les enquêteurs de l'ONU sont allés à la Goutha est, ils ont été la cible de snippers qui ont stoppé leur convoi formé avec l'armée gouvernementale syrienne. Ils ont alors fait demi-tour et se sont rendus dans la banlieue sud-ouest
Moadamiyat al-Cham, une localité au sud-ouest de Damas.
selon le journal Sud-Ouest (http://www.sudouest.fr/2013/08/26/syrie-les-enqueteurs-de-l-onu-pris-pour-cible-par-des-snipers-1150946-4803.php du 26 aout 2013.

On notera que les sources documentaires sur l'attaque sont peu sûres. Elles sont tenues par les rebelles islamistes et leurs alliés de la presse occidentale et des ONGs activistes de gauche. L'évaluation du nombre des victimes varient de 125 à 1429. Le rapport américain opte pour la plus forte estimation. On remarque que cette variabilité dans un pays en proie à deux ans et demi de guerre civile est loin d'être inattendue. Ce serait un chiffre unique qui serait plutôt un facteur de doutes.

Ressources documentaires

  1. LIB100913 Moscou s’invite au premier plan.txt
  2. LIB110913 A Maaloula, les chrétiens syriens dénoncent les exactions d'islamistes.txt
  3. Rapport américain de "preuve d'implication du régime syrien" USGassessmentonSyria08302013.pdf
  4. Rapport hollandiste de "preuve d'implication du régime syrien" 164888852-Syrie-Synthese-Nationale-de-Renseignement-Declassifie-02-09-2013.pdf
  5. Article sceptique de André Liebig, LIEBICH A - Attaque chimique en Syrie, le doute est permis (110913).txt
  6. RIA NOVOSTI - Syrie, le projet de résolution français inacceptable (Moscou) (100913).txt
  7. FIG100913 Paris va déposer un projet de résolution sur la Syrie à l'ONU.txt
  8. LM100913 Le journaliste Domenico Quirico, libéré de Syrie.txt
  9. BAKER P - Russian Proposal Catches Obama (090913).txt
  10. Quirico = E’ folle dire che io sappia che non è stato Assad a usare i gas (090913).txt
  11. LIB090913 Gaz sarin, divergence entre les deux otages de retour de Syrie.txt
  12. FIG100913 Syrie, Obama prêt à saisir au bon la proposition russe de sortie de crise.txt
  13. LIB090913 L'«odyssée terrifiante» de l'otage belge libéré de Syrie.txt
  14. DALEY S - After Bold Step on Syria, French Leader Finds Himself Dismissed as Lackey (080913).txt
  15. NYT070913 Kerry and French Foreign Minister Appeal Together for Strike Against Syria.txt
  16. DANIEL J - Le cauchemar d’Obama (Syrie) (040913)?txt
  17. BADIE B - La 'diplomatie de punition' et la Syrie (040913).txt
  18. AVRIL P - Obama et Poutine entérinent leur désaccord (060913).txt
  19. NOB060913 SYRIE. Violences des rebelles, la vidéo qui dérange.txt
  20. Une étonnante lettre du Pape au Président Poutine : papa-francesco_20130904_putin-g20_en.pdf
  21. NYT050913 Brutality of Syrian Rebels Posing Dilemma in West.txt
  22. FIG030913 Vallaud-Belkacem. Assad, un dictateur fou.txt
  23. FIG030913 La mise en garde d'Assad à la France.txt
  24. Vincent Desportes - La volte-face d'Obama témoigne d'un grand mépris pour la France (020913).txt
  25. FIG020913 Syrie. VGE hostile à l'intervention.txt
  26. FIG010913 Le volte-face de Barack Obama sur la Syrie.txt
  27. FIG230813 Armes chimiques, l'ONU menace la Syrie.txt
  28. FIG2320813 Syrie, l'opération anti-Assad a commencé.txt
  29. FIG280813 Syrie, mise en garde de la Russie.txt
  30. ALLARD R - SYRIE. 4 conditions de riposte appropriée (280813).txt
  31. LASSERRE I - Syrie, une intervention «punitive» à hauts risques (280813).txt
  32. SHADLE MA - Should Christians support a strike on Syria_ No. (290813).txt
  33. François Hollande au Monde = Le massacre de Damas ne (300813).txt
  34. LM300813 L'Allemagne exclut d'intervenir militairement en Syrie.txt
  35. Erwan Legadec = SYRIE. Les militaires cherchent à forcer la main d'Obama (300813).txt
  36. EISENSTADT Syrie, les missiles Tomahawk (310813).txt
  37. FRANCE24 - Les 'Amis de la Syrie' s'accordent sur l'envoi urgent d'aide à la rébellion (220613).txt

Revue THOMAS (c) 11 septembre 2013