Jean XXIII, cinquante ans après l'ouverture

Philippe Brindet - 07.03.2013

Jean XXIII aurait annoncé le Concile en déclarant :

«Je veux ouvrir la fenêtre de l’Eglise, afin que nous puissions voir ce qui se passe dehors, et que le monde puisse voir ce qui se passe chez nous».

Jean XXIII a peut être ouvert la fenêtre, mais les fidèles sont partis par la porte et si le Pape a regardé dehors, personne n'est venu regarder dedans. Enfin, pas de la manière et dans le but qu'imaginait le Pape.

L'ouverture sur le Monde

L'effet essentiel de l'ouverture sur le Monde a été double :

  1. Les fidèles, laïcs mais aussi prêtres, sont partis. La raison est toute simple : s'il y a quelque chose à regarder "dehors" pourquoi rester ?
    Mais le problème n'était pas de regarder dehors. Parce qu'en réalité, seule la vie monastique est hors du monde. Tous les autres chrétiens sont dans le monde, religieux séculiers compris. Et les fidèles savaient parfaitement le monde.
  2. L'autre effet a été de répondre en pratique à une requête des prêtres et autres religieux : ne plus subir la discipline ecclésiastique qui, en soi, met à part du monde. La première chose que les prêtres ont faite dès le début du Concile a été de supprimer le maximum de signes qui les distinguaient des hommes du monde.Et ce n'est pas une fausse interprétation du Concile que de se mettre en habits civils plutôt que dans de ridicules soutanes noires.

On se gargarise de mots en parlant de l'ouverture sur le Monde. Parce que l'annuaire pontificale indique des chiffres dont les ecclésiastiques s'emparent pour s'auto-congratuler. Ignorant résolument le fait que moins de 5% des catholiques français se rendent à la messe du dimanche et que parmi ceux-ci, la moitié ne croit pas un instant que Jésus-Christ soit Dieu. D'ailleurs comment en serait-il autrement quand les deux tiers du clergé n'y croit pas davantage, pensant que "nous" sommes Jésus-Christ.

L'ouverture au Monde

Le Monde a compris qu'il avait un droit de regard sur l'Eglise. Et il s'est aperçu qu'il avait du travail. L'Eglise s'est mis à intéresser la "Justice", je veux parler de l'institution judiciaire. Pédophilie, abus sexuels, affaires financières douteuses. Voilà l'effet de l'ouverture au monde.

Une hypothèse : les Papes auraient été conscients dès l'origine des abus sexuels, notamment sur mineurs. Mais ils auraient estimé ne pas avoir les moyens de sanctionner les prédateurs. L'ouverture au Monde était alors l'invitation aux juges et aux policiers de faire leur métier. Je retire mon hypothèse. On le comprend de soi-même.

Mais, alors, l'ouverture au monde pour qu''il regarde par la fenêtre" était une forfanterie. Parce que le spectacle est édifiant.

Le futur de l'Eglise

Il n'en a qu'un et c'est toujours le même futur : celui de la Volonté de Dieu.

Et le mot effraye tant qu'il suscite quolibets et insultes. Pourtant, l'Eglise ne vit que de la Volonté divine. Non pas qu'Elle exprime d'Elle-même cette Volonté. Nous savons que chacun d'entre nous sera jugé sur ses actes. Et il ne sera pas question de répondre au Juge : "j'ai fait la Volonté de Dieu".

Benoît XVI en démissionnant a donné nous semble t'il la clé de la réponse à la crise épouvantable que traverse l'Eglise. Abandonner notre volonté, non pas pour faire Sa Volonté, suprême prétention, mais pour que Sa Volonté soit faite.


Revue THOMAS (c) 2013